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Inspirons-nous du développement rural durable au Maroc

Par Association Follow'her | 15 octobre 2018 | Mis à jour à 09:10


Le Monde est vert

| L’équipe de l’association Follow’her a passé 6 semaines au Maroc pour y travailler sur un projet de salon de thé solidaire tenu par des femmes berbères. Elle en a profité pour interviewer plusieurs associations et porteurs de projets engagés en faveur du développement rural durable.

 

Le monde rural au Maroc, enjeux et défis

Le monde rural au Maroc représente 40% de la population. Enclavé, peu desservi en services et infrastructures de bases (enseignement, eau, électricité, routes rurales…), il est confronté à de nombreux défis sociaux et environnementaux.

Malgré des progrès considérables ces dernières années, l’exode rural continue de vider les villages des jeunes et des plus éduqués. Ceux-ci aspirent à la modernité et veulent quitter leur village pour la ville, terre d’opportunités à leurs yeux.

Ces villages se caractérisent par une vulnérabilité environnementale face à la modernité. L’avalanche des déchets plastiques, le remplacement des constructions en terre par le béton, l’absence de réseaux d’assainissement et de collecte des déchets menacent leur patrimoine culturel et environnemental.

Le monde rural en quelques chiffres

infographie

Source : Rapport du conseil économique, social et environnemental marocain (cf “Pour aller plus loin”)

Des initiatives locales pour allier ruralité et modernité

Face à ces problématiques, de nombreux villages ont pris en main leur propre développement. Leur point commun : des approches intégrées qui combinent la gestion de l’eau et des déchets, la rénovation des routes, l’éducation, l’intégration des femmes dans l’économie, une agriculture raisonnable et la préservation de leur patrimoine.

Focus sur deux belles initiatives.

Aït Ben Haddou, le défi de la préservation du patrimoine

Ce village de l’Atlas reçoit de nombreux touristes mais les habitants eux-mêmes bénéficient très peu de leur passage. Bien qu’il soit classé au patrimoine mondial de l’Unesco, ses anciennes maisons en terre se dégradent et les voyageurs n’y passent pas assez de temps pour faire tourner l’économie locale.

Afin de faire évoluer cette situation, le village entreprend de se transformer depuis plus de deux ans. Il a reçu des aides du ministère du tourisme pour rénover les maisons traditionnelles du village, y créer des musées thématiques (légendes locales, art…). Un salon de thé solidaire employant les femmes du village a récemment été lancé grâce à la contribution de l’équipe Follow’her. A ces actions en faveur du patrimoine matériel et immatériel du village s’ajoutent d’autres actions en faveur de l’environnement. Les agriculteurs du village ont reçu une formation en permaculture, des poubelles ont été installées dans les rues, un programme de reforestation à l’aide d’arbres fruitiers a vu le jour… C’est donc un véritable écosystème durable qui se recrée à Aït Ben Haddou.

Derrière toutes ces initiatives se cachent deux associations : celle du village “Aït Aissa pour le développement et la culture” et We Speak Citizen (WSC), un collectif dont la figure de proue, Loubna Mouna, est originaire d’Aït Ben Haddou. Le village constitue donc une zone pilote pour l’association WSC dont l’action s’étend dans tout l’Atlas. Son objectif : contribuer au développement rural grâce à un réseau d’experts et de bénévoles.

De nombreux projets sont encore en réserve pour Aït Ben Haddou : école durable, système de gestion et de tri des déchets, traitement écologique des eaux usées, restaurant traditionnel et solidaire. La liste s’allongera encore dans les prochains mois car l’intervention de We Speak Citizen a poussé les femmes du village à se constituer elles-mêmes en association afin de développer leurs propres projets.

Tizi n’Oucheg, mieux que la ville

Particulièrement isolé dans le Haut-Atlas à 1600m d’altitude, ce petit village est confronté à un exode rural massif. En 2011, à la suite d’une épidémie de choléra dûe au mauvais réseau d’assainissement, Rachid, un habitant, décide de fonder l’association Tizi n’Oucheg pour le développement. Son but : mettre à disposition des villageois des services de qualité, qu’ils iraient habituellement chercher en ville.

Son premier chantier est celui de l’eau : le village bénéficie maintenant d’un réseau d’eau potable après l’installation de 2300m de tuyaux reliant les sources des montagnes aux habitations. Il possède également son propre système écologique de traitement des eaux usées, une installation pionnière dans la région !

Bien d’autres réalisations renforcent l’admiration qu’inspire ce petit village : un terrain de foot flambant neuf, deux gîtes pour l’accueil des voyageurs (avis aux randonneurs !), une nouvelle école…  Deux internats, de collège et de lycée, ont aussi été construits à 15km de Tizi n’Oucheg sous l’impulsion de Rachid. Cela a permis de faire augmenter le taux de scolarisation des 11-18 ans, pour les filles comme les garçons. De nombreux autres projets sont en cours : plantation de 40 000 arbres, construction de bassins d’irrigation, compostage…

Ce village, symbole de réussite dans la région, est devenu une source d’inspiration : en témoignent les nombreux reportages à son sujet.

Le sens du collectif et la force des solidarités locales

Ces initiatives sont nées de l’engagement et de la volonté de porteurs de projets mais c’est surtout la force du collectif qui leur a permis d’aboutir et d’avancer.

Elles n’ont pas attendu les aides du Gouvernement ou d’ONG pour se développer. C’est par exemple le travail communautaire et bénévole des habitants qui a permis au village de Tizi n’Oucheg d’être raccordé à l’eau potable.

La manière dont ces initiatives conçoivent leurs projets force l’admiration. Elles les pensent comme de véritables écosystèmes complets, incluant tous les habitants, toutes les problématiques et restent ouvertes à toutes les idées venant de l’extérieur. Ces villages qui réussissent s’appuient à la fois sur la richesse de leur propre patrimoine tout en sollicitant les villages voisins ou des experts étrangers.

Un modèle de développement intégré fondé sur le partage qui, nous l’espérons, inspirera le monde rural, bien au-delà des frontières marocaines…

 

Pour aller plus loin:
Rapport sur le développement du monde rural au Maroc: http://www.ces.ma/Documents/PDF/Auto-saisines/2017/as29-2017-developpement-monde-rural/av-as29f.pdf
Berbères des cimes, reportage sur Tizi n’Oucheg: https://www.youtube.com/watch?v=LxxoCEy-4b0
La valorisation du patrimoine à Aït Ben Haddou: https://www.youtube.com/watch?v=_-KrHn5XBiY
Des bienfaits écologiques de la construction en terre: http://r20paris.org/fr/2018/09/07/construire-en-terre-cest-possible/
Brachoua, une autre initiative formidable: https://www.h24info.ma/maroc/a-had-brachoua-permaculture-miracles/