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« Le meilleur moteur de l’innovation, ce sont les rêves »

Par Claire Seang ACTED | le Baromètre des Solutions Durables | Convergences | 06 octobre 2017 | Mis à jour à 09:10


Communautés

| Pianotant sur son smartphone et branché sur une radio haute fréquence cachée au fond de sa poche gauche, Gaël Musquet annonce la couleur : le numérique est à la fois un outil pour innover et un produit de l’innovation. Rencontre avec un météorologue touche-à-tout qui met ses savoirs et sa technique au service de la société, via le numérique.

 

Météorologue de formation et fervent défenseur des projets faisant appel à l’open data, Gaël Musquet a cofondé OpenStreetMap France, qu’il préside. En 2012, il devient chef de projets cartographie pour la campagne présidentielle de François Hollande, puis chargé de mission à la Fonderie, l’agence de consulting numérique de la région Île-de-France jusqu’en 2016. Il est aujourd’hui à la tête de CxLinks.

L’innovation doit-elle jouer un rôle pour permettre d’évoluer vers un monde plus durable et plus équitable?

L’innovation est une chose déviée de l’ordre établi. Pour moi, innover revient un peu à penser à côté de cet ordre en se demandant comment une nouvelle technologie, un nouvel élément, une nouvelle variable, un nouvel événement permet de faire autrement, plus vite, moins cher, mieux, en sauvant plus de vies. En plus de cela, l’innovation n’est pas que numérique ; mais dans le milieu dans lequel j’évolue, je la conçois aujourd’hui à travers le web. Ce vecteur d’information et de connaissances a permis de raccourcir l’espace et les délais pour innover.

Afin de concevoir une dynamique collective autour de l’innovation, comment la société civile, les institutions politiques et les acteurs économiques doivent-ils s’y prendre?

Pour moi, avant d’être fonctionnaire, employé ou autre, on reste fondamentalement un citoyen. Je veux dire par là qu’on fait tous partie de la société civile et que l’on a donc une responsabilité qui est partagée. Mais le meilleur moyen pour moi d’articuler et de faire collaborer toutes les sphères, ce sont les communautés qui utilisent le web et internet pour propager leurs connaissances et constituer un corpus. Le web est devenu un vrai carrefour de partage et ceux qui ratent ce virage-là se retrouvent en difficulté car ils se coupent justement des innovations. Mais attention ! Toutes ces innovations doivent rentrer dans un cadre qui a du sens et doivent être utilisées intelligemment.

Quelles initiatives innovantes dans le domaine du développement vous inspirent?

Les communautés dans lesquelles j’évolue mettent en avant les quatre piliers de l’open innovation : des logiciels, des données, des standards et du matériel libre. Cette liberté, c’est la liberté de copier, de « remixer », de revendre parfois ce qui a été produit de manière communautaire. Ce sont donc des droits d’itérer mais aussi des devoirs de partage à l’identique, de publication dans un cercle vertueux. On est vraiment dans l’intérêt général, de la création de commun. Dans le domaine du développement durable, c’est pareil ! Il existe de nombreuses initiatives de construction de commun gérées par les citoyens, par exemple, par rapport à la cartographie avant, pendant et après les crises. Dans ces communautés basées sur l’open source se forgent des projets de construction et de conception de machines agricoles ou des projets s’interrogeant sur de nouvelles façons de manier et de cultiver de manière plus respectueuse les terres. Enfin, en ce qui me concerne plus directement car je suis météorologue de formation, il existe des projets sur les données météorologiques. Les catastrophes naturelles sont souvent à l’origine de la précarisation et de l’amplification de la pauvreté, donc avoir accès à ce type de données permet de prévoir, de mieux se préparer à ce qui va se passer demain. En tout, je pourrais citer une bonne cinquantaine de projets. Une chose que je constate : ce n’est pas encore dans la culture des ONG de faire de l’open source et de l’open data, mais c’est aussi à nous d’accompagner ces organisations.

Quels sont vos espoirs mais aussi vos craintes concernant l’utilisation des innovations?

Je suis une personne optimiste, je vois plutôt les innovations comme un moyen pour améliorer nos vies, pour polluer moins, etc. En ce qui concerne nos modèles, ce qui me motive, c’est que des États, des collectivités ou autres structures ont l’humilité de venir nous voir en nous demandant comment mieux produire, mieux dépolluer, mieux protéger. D’un autre côté, il ne faut pas se voiler la face. Une partie des technologies qui sont mises en place, comme les drones, sont utilisées de manière malveillante par certains individus et groupes pour coordonner certains trafics… donc oui, chaque science a son côté obscur. Mais j’insiste sur un point : il faut que la balance entre ceux qui utilisent ce pouvoir à bon escient et ceux qui le détournent penche en faveur des premiers. Il faut donc savoir replacer ce pouvoir et la responsabilité qui en découle. J’ai personnellement choisi d’utiliser ce pouvoir pour l’humanitaire, la gestion et la prévention de crises et de catastrophes majeures.

Votre désir de changement et votre engagement se sont manifestés tôt, après l’épisode du cyclone Hugo lorsque vous étiez plus jeune. Quelle est pour vous la place des jeunes dans l’Agenda 2030?

En France, ces dernières années ont été très anxiogènes et les valeurs de partage et d’innovation n’ont pas forcément été transmises. Mon message serait le suivant : il faut que vous continuiez à rêver. Après la catastrophe qui nous a frappés, j’ai vu des femmes et des hommes amoureux de leur métier qui m’ont fait rêver par leur qualité pédagogique, leur science, leur technique… Donc soyez curieux, intéressez-vous à tout, passionnez-vous, allez jusqu’au bout de vos rêves. Ça a l’air compliqué aujourd’hui d’en avoir, mais je pense que le meilleur moteur de l’innovation, ce sont les rêves.

 

Photo©Rémy Artiges
Avec l’aimable autorisation de notre partenaire-contributeur Convergences

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